Le souffleur du cul ou Camille des vents - Sur une œuvre invisible du parvis de Notre-Dame de Strasbourg et quelques autres réflexions intempestives Cahier Recherche 09

Ouvrage original

Auteur : Patrice Hetzel

Editeur : UFR des Arts, Université de Strasbourg

Collection ACCRA : « Cahiers Recherche »

ISBN : 9782916058047

Parution : mai 2006

Prix : 5 EUR

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     Comme voudrait le supposer ce petit opuscule, l’œuvre la plus contemporaine, et en même temps la plus atemporelle, puisqu’elle est depuis un certain nombre de siècles déjà là, présente, sans que personne ne daigne la voir, ou même savoir s’y prendre pour la voir et ainsi la mettre à jour, serait une œuvre qui laisse perplexe : c’est peu dire, elle est invisible, et d’autant plus invisible qu’elle n’est que sensible, donc hors de portée de nos yeux crédules gorgés d’attentions pour la dernière prestation post-apocalyptique de l’art de notre temps. L’hypothèse pour audacieuse qu’elle soit, n’est pourtant pas neuve mais littéralement portée à l’insignifiance par les usagers d’une place où l’œuvre manque cruellement. A suivre cette hypothèse, aussi saugrenue soit-elle, la dépression constante autour de Notre-Dame n’aurait de commune mesure que les pavés luisants et l’oubli empressé des badauds autour de l’édifice qui ne voient pas ce qui les regarde avec autant d’impertinence. Certes, on ne voit bien qu’aussi loin qu’on peut comprendre, même pour ceux qui le désirent, encore faut-il être patient et oublier son appareil photographique qui sert d’appendice. Au-delà de la compréhension, c’est bien connu il est nécessaire d’avoir la foi, quelle qu’elle soit d’ailleurs, ou du moins d’en contracter une pour les besoins du moment, du lieu ou des circonstances. Encore ne faut-il pas s’imposer des œillères volontairement, ou pire, faire faux bond à ses intuitions. Or, deux choses intriguent l’homme de passage attroupé devant l’édifice pour peu qu’il ne soit pas revenu de tout : l’une est le vent qui souffle interminablement et dont il n’est pas censé savoir qu’il n’est que la monture du diable pétrifié dans le portail ; l’autre étant ce trou béant sur lequel s’ouvre la place de l’ancestral centre des urbanités et qui suggère la vacuité d’une œuvre absente sans que nul ne soit en mesure de dire laquelle. Assurément tout y est, rien ne manque, et si quelque chose manquait, depuis longtemps cela se saurait.