Jade Bourdeaux–Ajzensztark est doctorante en arts du spectacle à l’Université de Strasbourg sous la direction de Sylvain Diaz, et enseigne en licence à la Faculté des arts. Issue d’un double cursus entre philosophie esthétique et arts de la scène, elle s’intéresse aux liens entre perception, incarnation et représentation. Son premier Master en philosophie, parcours « Philosophie et Histoire de l’art » à Paris 1 Panthéon-Sorbonne (sous la direction de Renaud Barbaras), l’a conduite vers la phénoménologie à travers l’étude du performeur Olivier de Sagazan. Son second master en études théâtrales, parcours « Théâtre en création » à l’université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle (sous la direction de Pierre Letessier et Julia Gros de Gasquet), lui a permis d’approfondir la question de la dégénérescence corporelle en la liant cette fois aux problématiques de la mémoire et du témoignage du survivant.
Son projet doctoral prolonge cette trajectoire en abordant la perception des corps altérés par l’épreuve des camps et leur impact sur les formes scéniques des avant-gardes polonaises d’après-guerre (Tadeusz Kantor, Jerzy Grotowski, Józef Szajna). Elle propose une lecture phénoménologique du dispositif spatio-temporel du camp et ses effets sensoriels sur les corps, en couplant la réactivation des thèses du philosophe et psychiatre franco-polonais Eugène Minkowski et l’étude du concept de « théâtre post-traumatique » avancé par Magda Romanska. L’ensemble de ses travaux vise à déployer l’hypothèse d’un théâtre de « l’incorporation », où l’épiderme devient surface d’excavation sensible du traumatisme et lieu d’un témoignage incarné, transformant l’acteur en archive vivante.