Pourquoi les secrétaires médicales sont-elles encore présentes dans les hôpitaux alors que la disparition de leur métier est annoncée depuis plusieurs décennies par une succession de discours prônant la dématérialisation de l’information ? Cette thèse propose de répondre à cette question au travers d’un contre-récit des infrastructures décrivant les conditions matérielles du travail médico-administratif des secrétaires médicales : un travail essentiel mais largement ignoré. À la lisière des infrastructures de l’information, les secrétaires médicales réalisent un ensemble d’opérations de traduction – agencer, copier, articuler, programmer, faire propre, prendre soin, etc. – qui participent à faire tenir l’hôpital et l’activité de soin qui s’y déroule. En montrant que cette forme de travail des données repose sur des environnements matériels fragiles et sur une multitude d’objets graphiques, ce travail de recherche décrit un monde où l’information ne circule jamais seule. À partir d’une enquête ethnographique au croisement des Sciences and Technology Studies (STS) et du design graphique, ce travail de recherche propose une analyse inédite du métier de secrétaire médicale, qui contribue à une approche féministe du travail des données, une critique des discours de la dématérialisation dans le champ du numérique en santé, et à l’étude des documents médico-administratifs comme des objets graphiques et politiques.